

Signé par : Isabelle Pelletier
Que l’on parle du concert mythique sur la montagne ou de l’album 1 fille et 4 types, certaines formules à cinq restent ancrées dans notre mémoire collective. Oui, ce billet débute par une référence à Céline Dion. Autant la guerre tarifaire et la campagne électorale occupent l’actualité politique au Québec, autant le retour tant anticipé — le mot est faible — de Céline occupe la presse culturelle et « people » partout dans le monde.
De l’anticipation entourant son retour aux sorties quotidiennes de notre diva, en passant par une campagne marketing qui pourrait servir de cas d’école, les communications sont impeccables du début à la fin. On ne peut en dire autant de nos partis politiques depuis le début de cette campagne électorale.
Dans un système qui a longtemps favorisé deux partis dominants avec la présence en chambre d’un troisième parti marginal, l’arrivée d’une réalité à cinq partis compétitifs change profondément la donne.
On pourrait penser que les Québécois ont maintenant plus de choix, mais encore faut-il s’y retrouver. Qui plus est, notre mode de scrutin uninominal à un tour demande seulement à un candidat d’avoir un vote de plus que celui qui arrive deuxième.
À cinq partis, certains peuvent se faufiler dans des circonscriptions extrêmement serrées où seulement quelques votes peuvent complètement changer le résultat. Le vote stratégique devient également beaucoup plus compliqué. Alors qu’auparavant on pouvait parler d’alternance au pouvoir, congédier un gouvernement sortant et essayer « l’autre », maintenant la question à se poser devient beaucoup plus locale et ciblée.
Dans ces circonstances, est-ce que les partis réussissent à se démarquer? Êtes-vous capables d’identifier clairement leurs principales orientations? Bizarrement, on réalise que ce sont souvent les attaques des autres qui, pour l’instant, semblent le mieux les définir.
Du côté de la CAQ, on tente de lui coller le « mauvais bilan » de l’ère François Legault et on l’accuse de détourner le débat des « vrais enjeux » en misant sur l’incertitude créée par le voisin du Sud.
Pour le PQ, l’angle d’attaque s’impose presque de lui-même : le spectre d’un référendum dès le premier mandat.
Pour les trois autres partis, les attaques se font davantage à la pièce. Pour le PCQ, c’est le spectre de certaines croyances et de déclarations passées de candidats qui sert à remettre en question le sérieux du parti. Quant au PLQ, qui peine à faire percer ses idées, on lui répond qu’être fédéraliste ne suffit plus et on présente même un vote libéral comme un vote potentiellement perdu pour ceux qui veulent bloquer le PQ.
QS? On semble, pour l’instant, le laisser lutter pour sa survie.
Et les électeurs dans tout ça? Voudront-ils voter « contre » ou seront-ils capables, au bout du compte, de distinguer le parti qui rejoint le mieux leurs valeurs ou qui est le plus susceptible d’améliorer leur qualité de vie?
Laisser l’adversaire nous définir n’est pas un scénario idéal.
Heureusement, les citoyens auront plusieurs rendez-vous pour se faire une tête par eux-mêmes. Ceux-ci représentent également pour les partis autant d’occasions d’expliquer directement et clairement leur vision du Québec.
Et cette chance doit être saisie. Parce qu’avec cinq partis qui tiennent chaque jour une, parfois deux conférences de presse, auxquelles s’ajoutent les réactions aux annonces des quatre autres, le message devient rapidement cacophonique. Une bonne idée peut facilement disparaître avant même d’avoir eu le temps de s’imposer.
Cette première occasion sera le 9 septembre avec Cinq chefs, une élection à Radio-Canada. Sous forme d’entrevues menées par des journalistes chevronnés plutôt qu’un débat, ce sera une première occasion à ne pas rater, tant pour les citoyens que pour les partis.
Il sera important pour les chefs de percer le bruit ambiant pour imposer leurs messages. Ceux-ci devront être clairs et leur permettre de se distinguer de leurs adversaires.
Et pourquoi pas, ils pourraient en profiter pour nous inspirer?
Peut-être pas autant qu’une Céline qui revient triomphale après des années d’enfer, mais au moins assez pour nous donner espoir que demain sera mieux. Pour nous, nos parents et nos enfants.