

Signé par : Isabelle Pelletier
Sans surprise, de nouveaux chiffres ont été rendus public en ce lundi matin, à la suite du premier événement télévisuel réunissant les cinq chefs de parti. Une formule d’entrevues individuelles avec un panel de trois journalistes chevronnés, une sorte de réchauffement en prévision des débats à venir, surtout pour les nouveaux chefs.
Bien que les chiffres diffèrent d’un sondage à l’autre, les écarts demeurent relativement faibles. Le PQ oscille entre 27 % et 29 %, alors que le PLQ et la CAQ se disputent chaudement la deuxième place, entre 21 % et 24 %. Le PCQ se situe entre 14 % et 17 %, tandis que QS demeure plutôt stable, entre 10 % et 11 %.
Comment interpréter tous ces chiffres?
Si l’élection avait lieu aujourd’hui, le scénario le plus probable serait celui d’un gouvernement péquiste minoritaire, avec une opposition officielle caquiste ou libérale. Les conservateurs feraient une véritable entrée à l’Assemblée nationale, tandis que les solidaires conserveraient quelques circonscriptions, principalement à Montréal.
Après près de trois semaines de campagne, aucun parti n’a véritablement réussi à provoquer un mouvement majeur dans l’électorat. Le PQ a perdu quelques plumes, la remontée initiale de la CAQ semble s’être essoufflée, les libéraux gagnent tranquillement du terrain, tandis que les conservateurs et les solidaires grignotent quelques points. Rien, toutefois, qui bouleverse véritablement la course.
Ces chiffres cachent cependant une variable qui pourrait complètement brouiller les cartes : les indécis. Chez Léger, 11 % des Québécois ne savent toujours pas pour qui ils voteront. Et même parmi ceux qui ont fait un choix, 42 % affirment que celui-ci n’est pas définitif et qu’ils pourraient encore changer d’opinion.
Donc, qu’est-ce qui peut encore faire bouger l’aiguille?
Après les pancartes, les autobus (dont un a même eu droit à un nouvel habillage au 18e jour de campagne), les slogans et les cadres financiers, nous voici à l’étape des débats. Et nous ne serons pas en reste avec trois débats à venir.
Les débats ont la réputation, à tort ou à raison, d’être des moments marquants dans une campagne. Ils peuvent conforter une avance ou permettre à l’électorat de découvrir un chef, pour le meilleur ou pour le pire.
En 1998, le jeune Mario Dumont avait créé la surprise face aux beaucoup plus expérimentés Lucien Bouchard et Jean Charest, au point d’être désigné gagnant du débat par 32 % des Québécois.
Certaines performances traversent même les décennies. Depuis le fameux face-à-face Kennedy-Nixon de 1960, qui a consacré la télévision comme une véritable arène politique, les débats sont devenus ces rares moments de campagne où une performance peut parfois compter autant que le programme.
Bien sûr, on parle ici de perception. De ces deux débats restent surtout les impressions laissées, beaucoup plus que les enjeux abordés ou les grandes déclarations inspirantes. C’est peut-être dommage, mais ce que l’on retient n’est pas toujours ce qui a été dit.
Donc, au-delà des promesses, des chiffres, des déclarations, des « coups » préparés d’avance et de la cacophonie passagère, quelles impressions les chefs voudront-ils laisser?
Ils seront tous tirés à quatre épingles, bien sûr. Les habits sont choisis depuis longtemps et chacun cherchera à projeter l’image de quelqu’un qui pourrait occuper le fauteuil de premier ministre.
On peut s’attendre à ce que les tirs soient groupés sur le gouvernement sortant et sur le parti actuellement en tête. Mais chaque chef arrive avec un défi bien différent.
Paul St-Pierre Plamondon sera inévitablement ramené à la question référendaire. En tête dans les sondages, il devra garder son calme, rassurer et donner l’impression qu’il peut gouverner pour l’ensemble des Québécois.
Christine Fréchette devra défendre le bilan caquiste tout en réussissant à incarner le changement. Elle devra être convaincante et incisive, mais aussi y mettre du cœur, sans donner l’impression d’être enfermée dans ce bilan. Elle devra surtout retrouver son aisance sur la piste de danse référendaire après sa valse-hésitation de la semaine dernière.
Charles Milliard est probablement celui qui a le plus à gagner. Moins connu, il devra démontrer qu’il possède la stature d’un premier ministre, sortir de sa cassette jeune-homme charmant et souriant, et montrer davantage de fermeté et de spontanéité.
Éric Duhaime lui, gagnerait à rester calme et à démontrer l’évolution du politicien depuis la dernière campagne. Quant à Ruba Ghazal, son défi est simple à formuler, sinon à réaliser : transformer son capital de sympathie en intentions de vote.
Et vous, à la maison? Jouez le jeu de l’impression.
Essayez de mettre vos préférences de côté et gardez l’esprit ouvert. Au-delà de ce que les chefs disent, observez ce qu’ils dégagent. Qui vous rassure? Qui vous semble le plus en contrôle? Qui écoute réellement? Qui paraît réciter? Qui vous surprend?
Vous voulez tester à quel point les impressions sont importantes par rapport aux mots?
Fermez le son un moment et prenez le temps d’observer les visages et la gestuelle des protagonistes.
Vous serez surpris de constater à quel point vous pouvez comprendre ce qui se déroule sous vos yeux.