

Signé par : Véronique Lavoie
Il y a 18 ans, lorsque j’ai commencé à travailler dans l’univers du cyclisme, obtenir de la couverture médiatique n’était pas une mince affaire. Pourtant, il y en avait, des histoires à raconter. Obtenir de l’espace pour le cyclisme dans les sections Actualité ou Sports demandait de la créativité, de la persévérance et, disons-le, un peu d’acharnement.
Aujourd’hui, avec toute l’attention médiatique entourant les Championnats du Monde Route UCI à Montréal, je vois tout le chemin parcouru. On parle de performances et d’athlètes, évidemment, mais aussi de sport féminin, d’héritage, de mobilité, de société. Le cyclisme entre réellement dans la conversation et c’est franchement rafraîchissant!
Et cette présence du cyclisme dans l’espace public nous offre quelque chose de précieux : une formidable occasion d’être curieux. Découvrir un sport qu’on connaît peu, comprendre ses codes ou s’intéresser à une histoire ou à un athlète dont on ignorait le nom hier. Et si on donnait cette même chance à d’autres sports?

Crédit photo : Julien Payette
Comme spécialiste des communications sportives et des relations publiques, j’ai travaillé, avec mes collègues, dans plus de 30 disciplines dont la course à pied, le skateboard, le beach volleyball, le basketball (vous connaissez le 3×3?), le breaking, la gymnastique, le ski, le snowboard, le surf, la nage en eau libre, le triathlon, le paratriathlon et même le BASE jump — du haut du Stade olympique, d’un hôtel… j’ai moi-même sauté!
Avons-nous des histoires extraordinaires à raconter? Des tonnes. Des événements spectaculaires? Aussi. Des enjeux qui dépassent largement le terrain de jeu? Bien sûr. Et pourtant, même avec une stratégie solide, un angle créatif, un argumentaire béton et les bons contacts, il est encore parfois difficile de rivaliser avec les sports qui occupent traditionnellement le devant de la scène.
Et c’est un peu là qu’on tourne en rond. On parle davantage des sports qu’on connaît parce qu’ils nous intéressent. Et ils nous intéressent aussi parce qu’on en parle davantage. Alors, si on veut voir plus de diversité dans nos médias sportifs, commençons aussi par démontrer qu’elle nous intéresse. Lisons, regardons, écoutons lorsqu’on nous propose autre chose. Qui sait? Si on demande plus de diversité, on pourrait bien en avoir plus.
Le monde médiatique s’est transformé. Les salles de nouvelles suivent la cadence et composent avec moins de ressources, des délais toujours plus courts et une multiplication des plateformes à alimenter. Malgré tout, on sent une volonté de sortir des sentiers battus et de nous faire découvrir des disciplines et des univers qu’on voit moins souvent. Mais les médias ne peuvent pas être curieux à notre place.
Quand on nous propose une entrevue avec une athlète qu’on ne connaît pas, une histoire sur un sport dont on ignore à peu près tout ou un reportage qui sort de nos habitudes, donnons-lui une chance. Pas parce qu’il faut soudainement devenir passionné de tous les sports, simplement parce qu’on pourrait y prendre goût.
Le cyclisme nous offre cette occasion cette semaine. Profitons-en pour comprendre ce qui se passe dans un peloton, découvrir pourquoi une échappée peut faire vibrer une foule ou apprendre le nom d’une athlète qu’on suivra peut-être encore dans quelques années. Et après?
En juin 2028, Montréal accueille des compétitions de qualification olympique en BMX freestyle, flag football, skateboard et volleyball de plage, en route vers les Jeux olympiques de Los Angeles. Ce sera encore une formidable occasion de découvrir d’autres univers sportifs. Mais on n’a pas besoin d’attendre un autre événement mondial ou olympique pour redevenir curieux. Les occasions sont déjà là, chaque jour, dans nos médias.
Alors, lorsque les dernier·ères cyclistes auront quitté Montréal, gardons ce réflexe. Donnons aux sports qu’on connaît moins une chance de nous intéresser.

Crédit photo : Julien Payette